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Préface

Dans le monde entier, et particulièrement en Afrique, ceux qui signalent l’inconduite et la corruption sont souvent considérés comme plus dangereux que les coupables de tels méfaits. Il faut un courage hors du commun pour travailler en tant que journaliste d’enquête dans de tels environnements, le type de courage que sous-tend le réel souci du lot dramatique des faibles. En Afrique, le journalisme d’investigation a besoin de personnes prêtes à repousser les limites chaque jour, et souvent dans des circonstances qui, par défaut, semblent conçues pour les exclure. Des lois répressives sur les médias, le manque de ressources et une culture généralisée du secret chez les officiels ne sont que trois des nombreux obstacles auxquels font face les journalistes qui questionnent la conduite de ceux qui disposent d’argent, de relations et de pouvoir.

Dans ce contexte, les journalistes ont besoin non seulement d’une tournure d’esprit particulière, mais également d’un large éventail de compétences. Le journalisme d’investigation n’est pas réellement ardu ; en définitive, ce qui importe est de bien maîtriser son travail.

Les Manuels de journalisme d’investigation ont pour but de mettre ces compétences et ces outils à la disposition des journalistes-enquêteurs, qu’ils exercent déjà ou qu’ils s’y préparent. Ainsi les manuels comportent-ils à la fois une section sur les fondamentaux, pour les débutants, et des outils plus avancés, pour les professionnels. Ils constituent simultanément un kit d’apprentissage et une source générale d’informations et d’inspiration, reposant sur un contenu progressif. Alors que les chapitres 1 à 8 marquent l’assise du projet, des chapitres additionnels sur des thèmes spécialisés leur feront suite.

Les Manuels de journalisme d’investigation diffèrent du tout au tout des ouvrages de journalisme traditionnels. Leur contenu est, et restera, le fait de journalistes africains, à l’intention de journalistes africains. Les études de cas citées reflètent des réalités continentales. Notre reconnaissance va aux membres du Forum des journalistes d’investigation africains (FAIR) qui non seulement ont fourni certaines des études de cas, mais qui, au sein d’un groupe consultatif initial, ont également commenté les premières ébauches et contribué à leurs améliorations et à leur optimalisation. Je remercie tout particulièrement Evelyn Groenink, qui a coordonné ces apports, ainsi que tous ceux qui ont contribué à ce projet d’une manière ou d’une autre. Nous sommes redevables au Power Reporting Workshop (Atelier sur le journalisme
d’investigation) de l’Université du Witwatersrand, et notamment à Birgit Schwarz, d’une somme importante de connaissances et de contributions, surtout lors de la conception de cet ouvrage et durant la rédaction de ses
premiers chapitres. Enfin, le Centre for Investigative Journalism (Centre pour le journalisme d’enquête – CIJ) et l’association Investigative Reporters and Editors (Journalistes et rédacteurs d’investigation – IRE) ont le grand mérite de nous avoir permis d’utiliser une partie de leur matériel de base sur le journalisme d’enquête, qui a été remaniée et adaptée au contexte africain.

En premier lieu toutefois, je veux remercier Gwen Ansell qui, outre un remarquable travail de révision, a de fait rédigé des parties substantielles des Manuels. C’est à ses compétences, à son discernement et à son application que ce projet doit son succès.

On considère souvent les journalistes en général comme les gendarmes de la société. Mais, parmi nos collègues, ce sont ceux qui font l’effort d’enquêter sur des questions d’intérêt public, même lorsqu’ils rencontrent de la résistance, qui méritent ce titre plus que quiconque. Ils jouent un rôle indispensable au sein de toute société, et plus encore dans celles où manquent les autres garde-fous et contrepoids efficaces de la démocratie. J’espère que les journalistes africains tireront profit de tout ce que les Manuels de journalisme d’investigation ont à leur offrir. Nous encourageons aussi nos lecteurs à nous adresser régulièrement leurs commentaires, leurs impressions et leurs suggestions, afin que nous puissions apporter des améliorations supplémentaires aux Manuels.

Puisse la profession de journaliste d’investigation se développer et prospérer à travers le
continent – dans l’intérêt de l’Afrique et de ses peuples.

Frank Windeck
Directeur régional du programme média pour l’Afrique subsaharienne
Konrad-Adenauer-Stiftung